Voici comme promis – et avec son accord – l’article de Geneviève Brisac sur Mireille Sorgue. C’est le genre de personnage qui pourrait soudain « réintéresser » toute une génération. Des textes existent, il faudrait les rééditer sans fard et sans falsification.
Les mots dessinent une silhouette. Une gamine de dix-sept ans pas résignée à sortir de l’enfance, fidèle aux arbres et aux livres, fière de sa gaucherie âpre, de ses genoux écorchés. Elle aime les êtres bourrus, moins suspects de triche, les défis qu’on se lance, les goûters de crêpes et la confiture d’abricot. Elle est sage, pas facile, hésitant entre le don absolu et la sauvagerie. Elle méprise les manières de fille, les coquetteries. Elle déteste la séduction, n’a pas de mots trop durs pour sa petite sœur qui papillonne.
Mireille Sorgue regarde flirter ses amies, trouve leurs émois dérisoires. Ses soucis sont d’un autre nature : elle veut tout apprendre. Son arme à elle, c’est l’intelligence. Les mots. « Il me semble que je suis possédée par un langage qui s’organise sans mon secours ». Elle aime les mystiques, les cathares, elle est folle et sage, bonne élève, fille aimante, sévère sœur aînée, elle étudie. Elle se nourrit d’Eluard, de Saint John Perse, de Rilke, de Louise Labé, de René Char. C’est une qui se lève à l’aube, une acharnée, soucieuse des harmonies du matin, qui s’en va seule à la rencontre du jour. Une qui croit à l’énergie, au courage grâce à quoi on a droit à sa part de vérité, de foi, à force d’entêtement. Mireille Sorgue rencontre l’amant. Un homme plus vieux qu’elle. Qui doit lui livrer des secrets. « Comment fait-on, dites, pour écrire juste ? ». Elle est apprivoisée, émerveillée qu’il puisse avoir besoin d’elle, de ses mots à elle. Dans les lettres de Mireille Sorgue, l’amant est bientôt le regard à quoi elle mesure, pointilleuse, honnête, ses efforts naïfs et émouvants pour être meilleure, plus exigeante, plus précise, plus forte. Il doit, pense-t-elle, lui apprendre à vivre, et aussi à « châtier cette langue rustique ». Il est d’abord le confident, la rassurance, un jour ils s’aiment. Dès lors elle n’a de cesse de lui faire offrande des mots de cet amour. Lui rendre le cadeau de ce corps découvert. Inlassablement. « Ce n’est que l’exactitude qui me fait forte ». Mireille Sorgue se révèle dans cette célébration intime – et impersonnelle aussi, comme le sont toujours les textes érotiques – un surprenant écrivain. On pense bien sûr à Colette, dont elle a l’appétit, la rigueur, la modestie, le goût des mots qui ont le parfum d’un aube, d’une myrtille, ou d’une tartine. Elle est toujours une gamine inquiète de sa prochaine dissertation, prête à potiner sur les tracas amoureux de sa copine Hélène, à dire des méchancetés, ou à poser des questions naïves, mais jambes tremblantes, cœur très lourd, Mireille Sorgue dit son corps de sable qui s’écoule, la soif inaltérable qu’elle bénit, le désespoir de « n’avoir pu nous abolir ». Elle dit : « J’ai peur comme une ville qu’on va prendre ». Au fil des mots, elle est de plus en plus belle, Mireille Sorgue. Tellement sérieuse dans sa recherche du bonheur de vivre. Poignante. Geneviève Brisac, Le Monde, 1985.
Un Cercle des amis de Mireille Sorgue est maintenant ouvert afin de reconstituer le vrai visage de Mireille Pacchioni, si déformé dans la présentation de ses oeuvres déjà parues, de publier de nombreux et magnifiques inédits, des photos ainsi que des témoignages. Si vous désirez rester informé, participer, ou laisser une contribution (souvenir, lecture) qui sera éventuellement publiée, veuillez pour l'instant utiliser cette adresse: place.mireille.sorgue@gmail.com
Un blog est ouvert : http://placemireillesorgue.blogspot.com/
Un second (ouvert en avril 2012) : mireille-sorgue.blogspot.fr
Le blog Place Mireille Sorgue a subi une attaque malveillante le 11 mai 2012 et supprimé. La Place est en reconstruction. La raison de cette attaque fera l'objet d'un post dès quelle sera connue.
A.G.
Mireille est morte à 23 ans. Elle s'est jetée d'un train en marche !
RépondreSupprimerNous étions dans la même école, nous habitions le même village.
Elle n'aura pas connu la vie. On la lui a volée !
Jacques, merci. Oui, on lui a volé sa vie, et aussi beaucoup de très belles choses qu'elle a écrites, que je désespère de retrouver.
RépondreSupprimerSa petite soeur, Marie
Je serais excessivement intéressé de connaître ce Cercle d'amis, et de pouvoir lire toute l'oeuvre de Mireille Sorge. Merci !
RépondreSupprimerSous le charme et la magie de ses mots depuis bien longtemps..., je serais enchantée de découvrir ces images, ces écrits inédits et ce "vrai visage" de Mireille.
RépondreSupprimerSi un cercle sur Mireille existe, faites-le moi savoir!
RépondreSupprimerMerci
j'ai découvert les écrits de mireille sorgue à 17 ans et fut bouleversée..en angleterre l'année prochaine pour une année erasmus,je vais faire un mémoire de stylistique sur l'amant de mireille sorgue et cherche toutes les informations possibles et imaginables,des gens à qui m'adresser..sivous pouvez me faire connaître ce cercle,si vous avez des témoignages..je serai vraiment heureuse,car faire un mémoire sur elle me parait tant exigeant,mais je voudrais tellement la faire connaître plus!!
RépondreSupprimerJ'ai lu les lettres et essais de Mireille , il y a plus de 20 ans
RépondreSupprimerEt ce fut de suite l'éblouissement
Une lumière chaude et dorée
tandis que des colombes s'efroissent sur les toits d'une Provence rosée
Et qu'une eau fraîche
Pure
Frissonne infiniment
sous le bronze des fontaines
Jamais personne n'a écrit l'amour
qui naît
meurt
vit
soubresaute
sans aucune complaisance
comme cette jeune fille
qui se métamorphosait
mot à mot
en Amante
Aujourdh'hui
je la retrouve
et l'émerveillement
reste le même...
La mettre au centre d'un cercle: oui!!!!
mille fois oui!
Hana
Bonjour,
RépondreSupprimerJe reviens sur un article que vous avez écrit le 20 août 2007, « La soif exigeante de Mireille Sorgue ». Je réagis tard, mais peut-être est-ce ma formation d’historien, qui me fait aimer les vieux blogs… de pierre, plutôt que les choses neuves. Quoique Shakespeare et Co., cela ne date pas exactement d’hier… Et à ce propos, merci pour vos beaux articles récents.
Mireille Sorgue m’a, en quelque sorte, donné le titre d’un recueil de poésies, qui a été publié l’an dernier à Paris. Le titre en est « Les Poésies de la nuit-soleil », et on trouve, dans l’édition du Livre de Poche des « Lettres à l’amant », tome 2, et page 491 :
Jeudi
Ça, c’est Toi,
[…]
L’éventail de mes bras
L’image d’un baiser
Le jour-paon
La nuit-soleil
Il me reste quelques exemplaires de courtoisie, que m’a adressés mon Éditrice. Je serais heureux de vous en offrir un, assorti d’ailleurs d’une petite poésie pour Mireille Sorgue, que j’ai commise alors que le manuscrit était déjà parti à la fabrication, donc trop tard pour être insérée.
Une adresse postale me serait du plus grand secours dans cette entreprise.
Bien cordialement.
Jean-Pierre Crèvecœur