Sous la dictée de la douleur
Il n’y a pas d’article ce soir. C’est moi qui écris, Eva Almassy, et j’écris aujourd’hui, fin juillet, l’an 2007, tard, parce que j’ai différé le moment.
Lisa Bresner est morte samedi dernier à trois heures du matin à Nantes.
Lisa Bresner était mon amie.
J’avais d’abord lu un roman d’elle, le quatrième, « La vie chinoise de Marianne Pêche », paru en 1996, mais nous étions alors en 1999. Texte incroyable, qui va à 200 idées la page. Si je précise ces dates, ces chiffres, c’est pour ne pas avoir à compter, à dire : Lisa, Lisa, tu n’avais que 35 ans, Lisa ! Tu laisses un petit garçon de 9 ans et demi.
Dans ce livre, ce superbe roman, le quatrième de ses « innombrables livres » comme elle aimait à le dire, et c’est vrai qu’elle a publié beaucoup, livres pour enfants, poésies érotiques, romans, essais, traductions érudites, contes « chinois », calligraphies, il y a un début de chapitre qui ne quittera jamais mon cerveau, le centre anatomique où les images les plus pures se stockent dans les cellules grises photographiques, pas loin du tendre secret de la naissance d’une amitié. Ou d’une petite sœur.
« Pêche regardait à travers ses lunettes de soleil le faire-part de sa sœur flotter sur les bulles de chlore vertes et bleues, vermeilles quand un rouge-gorge volait. Elle était assise au bord de la piscine, ses pieds seuls nageaient. »
Devrais-je faire des ateliers d’écriture et expliquer à qui ne verrait pas l'évidence pourquoi ces deux phrases sont si bonnes ? L’eau de toute une piscine changée sous vos yeux en vermeil par le survol d’un petit oiseau, et après, en marge de toute éciture, du sang rouge sur un trottoir de Nantes en bas du troisième étage.
Ce livre-là, Marianne Pêche, je l’ai même en grec moderne, et je ne lis pas le grec. Lisa me l’a offert : « tiens, ce roman que tu aimes tant ». Sa langue à elle était le chinois, elle commençait à l’étudier à 12 ans, son incomparable français natal lui vient par détour, effet secondaire magique de l’apprentissage des idéogrammes, enfin, je ne sais plus, est-ce qu’il faut tout croire, car enfin non, non et non, je ne peux pas croire que Lisa soit morte.
Un côté Lolita, Alice, fulgurance enfantine, richesse d’une fleur. J’ai rassemblé ses lettres, ses livres, ses petites photos – comme il faut faire dans ces cas-là – et je n’arrive pas à mettre la main sur, d’un côté, Vingt-trois délices, et de l’autre, Pouvoirs de la mélancolie. A un moment, la couleur du dos me trompant, j’ai attrapé le livre d’une autre (une psychanalyste), mais le titre m’a sauté au visage : « Les déraisons de vivre ». J’ai réécouté la cassette d’un passage de Lisa chez Alain Veinstein, elle s’y trouvait pour trois livres tout à la fois (au moins), avec des rires, son intelligence, sa beauté dans tout son éclat – et qui ne se laisse pas draguer. Le hasard ouvre un inédit d’elle et la ligne dit : « Victime de ma trop vive délicatesse ».
Des générations d’enfants connaissent par cœur les aventures du petit Tang, « Un rêve pour toutes les nuits » et autres titres, chez Actes Sud Junior. Ils me considèrent comme un demi-dieu quand je me vante en leur disant que Lisa Bresner est mon amie. Pour sa courte biographie, pour sa longue bibliographie, voyez son site (pas mis à jour, pas à ce terrible jour) : http://lisabresner.free.fr/
Le 6 mars 2001, je lui ai envoyé une lettre à Kyoto (Villa Kujoyama, une Villa Médicis hors les murs, mais elle avait aussi séjourné à Rome intra-muros et en avait ramené un drôle de petit roman : Zoo). Il y a un conseil au début de ma lettre dont j’ai retrouvé le brouillon sur une disquette cet après-midi.
« Merveille du Printemps, Lisa, tu n'as pas idée comme il est bon de recevoir une lettre de toi, il faudrait que tu t'écrives, allez, fais-le, envoie-toi une lettre pour dans dix ans ! De Lisa Bresner à Lisa Bresner, et sur l'enveloppe, cette mention : à n'ouvrir que dans un moment où il m'arriverait de douter de moi. Et là, si un tel moment ose s'abattre sur ton existence, tu auras l'enveloppe sous la main, que tu déchireras presque rageusement, seulement voilà, la rage va aussitôt disparaître car ta lumière la dissoudra, en tout cas, ça marche comme ça avec moi, même à défaut de rage, car peu importe l'état psychologique de base, rage, torpeur ou tristesse ou bien, le plus souvent, attente, on t’ouvre, toi, incarnée en papier et encre, toute de brillance et d'éclat et on se réjouit : moi, je me réjouis. »
Mais Lisa ne m’a pas écoutée.
Une cérémonie sera donnée vendredi 3 août 2007 à 15h
dans la chapelle de l'Hôpital Hôtel-Dieu à Nantes
Post-Scriptum, de retour de Nantes (mais je n'en reviens pas, jamais je n'en reviendrai). Ce matin, dans ma bibliothèque mal rangée, tout en haut, à gauche, j'ai retrouvé Pouvoirs de la mélancolie de Lisa, à côté de Lettres à l'Amant de Mireille Sorgue. Un hasard puissant, riche. Lisa, Mireille (mais aussi Elsa, la Morante - la mourante) se ressemblent. Comme si les textes eux-mêmes, esseulés par la disparition de leurs éblouissants auteurs, se cherchaient des amis.
A voir
(grand merci à Karim Gabou) :
Lisa Bresner à 23 ans, pour Hong Kong souvenir, émission Place aux livres
http://fr.youtube.com/watch?v=1iNh2Zp18t8
Le Sculpteur de femmes, fiction de 4 minutes, à partir de son premier roman, Lisa à 21 ans
http://fr.youtube.com/watch?v=vcXIDFJpgco&mode=related&search=
Qu’est-ce qu’elle dit Zazie, pour La vie chinoise de Marianne Pêche
http://fr.youtube.com/watch?v=u-JvG44pGF8&mode=related&search=
Et autres vidéos de 1992 à 2005.
Au printemps dernier est née
l’Association des Amis de Lisa Bresner.
Si vous souhaitez en faire partie, vous êtes les bienvenus.
Le but est la sauvegarde de la mémoire et le rayonnement de l’œuvre, nous aimerions encourager les vocations, universitaires, éditoriales, cinématographiques, les adaptations, les analyses, les biographies.
Un bulletin de l’Association pourra voir le jour afin de faire état des recherches en cours et de publier nous-mêmes certains travaux.
Longue vie aux livres de Lisa Bresner.
Lisa, on ne t’oublie pas.
Pour tout renseignement :
Présidente de l’Association : Mme Martine Bresner
Secrétaire : Eva Almassy
Cotisation annuelle : 25 euros
Pour les étudiants : 15 euros
Membres bienfaiteurs : à partir de 50 euros
Adresse
Association des Amis de Lisa Bresner
77 rue Lafaurie de Monbadon
33000 Bordeaux
Je ne connaissais pas, elle paraissait très attachante, je vais essayer d'acheter un ou plusieurs de ses bouquins pour mes enfants, et pour moi-même. Mes condoléances à vous qui êtes si affectée par sa mort.
RépondreSupprimerMes condoléances, de même. Elle paraît très prolifique et elle a toutes mes considérations. Je suis seulement 37 ans et moi aussi, je viens de passer une maladie pas trop jolie. Sa mort m'affecte beaucoup. Je vais voir, comme Lazarillo, ce que je peux trouver d'elle.
RépondreSupprimerHubert Nyssen sur le site Actes-Sud :
RépondreSupprimer29 juillet (...)
En plein midi la nouvelle s'est plantée devant moi comme un javelot. Et il vibre encore. Lisa Bresner est morte vendredi. Dans quelles circonstances, je ne sais pas. Je me suis longuement attardé sur son site (lisabresner.free.fr), devant les photos de cette jeune femme qui, en jouant sur le pavé chinois de Paris, avait appris dans l'enfance à parler une langue qu'elle apprit ensuite à lire et à écrire et qui lui inspira contes et récits. Et deux romans. Lao Tseu où l'on voit que "les territoires se dirigent selon les mêmes règles que celles qui rythment les amours de l'alcôve", et Pékin est mon jardin où une petite fille, le jour de son anniversaire, est abandonnée par son père qui s'envole vers la Chine. Deux romans que j'ai publiés avec gourmandise dans la collection "un endroit où aller". Mais quel tumultueux jardin, à elle seule, était cette Lisa ! C'est une chose affreuse dans le grand âge que j'ai atteint, on voit tant de merveilles disparaître. J'aimais le sourire de Lisa, sa grâce, son imagination, ses grands désespoirs, ses malices et son talent.
(extrait des Carnets d'Hubert Nyssen)
http://www.hubertnyssen.com/carnets.php
יתגדל ויתקדש שמה רבא
RépondreSupprimerבעלמא די ברא כרעותה וימליף מלכותה ויצמח
פורקנה ויקרב משיחה בחייכון וביומיכון
ובחיי דחל בית ישראל ובזמן קריב ואמרו
אמן
Je ne connaissais pas cette personne.
RépondreSupprimerIl y a quelques années de ça, je voulais publier un ouvrage avec mes photos de Chine, j'avais demandé à François Cheng et Claude Margat de pouvoir faire quelque "choses ensemble"..
Pour diverses raisons cet ouvrage n'a pas pu se réaliser..
J'avais commencé alors un travail de recherche sur les idéogrammes chinois il me fallait "un livre pour enfant", un livre pour débutant...
J'avais vu un jour ( en 2004) un titre qui m'avait "accroché" l'oeil chez Philippe Picquier :" Mon premier livre de chinois"..
Il s'agissait de l'histoire d'un petit garçon qui rêvait de prendre la mer pour aller en Chine..Ce petit garçon avant d'entreprendre son voyage, souhaitait apprendre le chinois...
J'ai acheté ce livre " Mon premier livre de chinois " l'auteur Lisa Bresner. Je ne connaissais pas du tout, mais j'y ai découvert une fraicheur et un bonheur peu commun de décrire les mots.
Je voulais vous témoigner ainsi ma profonde et sincère attention.
Amicalement,
H.Z
René Char :
RépondreSupprimer- "La mort n'est qu'un sommeil entier et pur..."
ma belle et tendre Eva
RépondreSupprimercombien je comprends ta tristesse - je l'entends - je la sens.
et j'entends ce gôut que tu as de l'Autre, des autres et des mots.
Eva, tu es une amie précieuse et vraie
Je te le dis
et que dire de plus....
Chère Eva,
RépondreSupprimerJ'espère que tu vas bien, je suis en train d'écouter en podcast les Papous dans la tête du 22 juillet, ta lette de vacances :) à Pirmille.
Triste d'apprendre cette disparition qui t'atteint au coeur.
Bises les plus affectueuses.
tu sais bien ...
RépondreSupprimerla mort nous a rapprochées.. le goût de vivre surtout...
tu connais mon amour de la chine, je pense à toi, à elle que je ne connaissais pas ...
merci d'être là , sentinelle éveillée ...
je t'aime
ba
Oui, j'avais lu Marianne P
RépondreSupprimerA-t-on une idée de la blessure qu'elle portait en elle pour se suicider ainsi en laissant un enfant?
RépondreSupprimerEva, je ne connaissais pas Lisa mais ta douleur me plonge dans un regret coupable. La mort nous rappelle que nous sommes toujours en retard et qu'on ne le rattrape jamais. Affecteusement. Serge
RépondreSupprimerJe connaissais Lisa. Je l'ai connue à Nantes il y a quelques années et depuis je l'avais perdue de vue. La nouvelle de sa disparition m'affecte beaucoup et je suis sensible à vos mots.
RépondreSupprimerJe repense à ce poème de Blake que j'ai retrouvé :
"Je suis debout au bord de la plage.
Un voilier passe dans la brise du matin et part vers l'océan.
Il est la beauté, il est la vie.
Je le regarde jusqu'à ce qu'il disparaisse à l'horizon.
Quelqu'un à mon coté dit : "Il est parti ! "
Parti ? Vers où ?
Parti de mon regard, c'est tout !
Son mât est toujours aussi haut,
sa coque a toujours la force de porter sa charge humaine.
Sa disparition totale de ma vue est en moi, pas en lui.
Et juste au moment où quelqu'un près de moi dit : "Il est parti ! "
Il y en d'autres qui, le voyant poindre à l'horizon et venir vers eux,
s'exclament avec joie : "Le voilà ! "
C'est ça la mort."
Etant assez jeune, je connais les livres de Lisa Bresner. Je me souviens même d'un prix des incorruptibles où je faisais partie du jury et où un de ses livres avait été sélectionné et avait reçu le prix.
RépondreSupprimerL'hommage de Hubert Nyssen est touchant, ça n'est pas étonnant venant de sa part.
Je vous souhaite du courage Eva.
Amicalement.
À vous dont la tendresse ensoleillée rayonne sur les papous dans ma tête, je voudrais que mes mots adoucissent votre peine et apaise tout ce que contient votre stupeur, mais il me vaudrait mieux convoquer les fées et leur demander de vous porter, peut-être ainsi le poids de votre douleur s'en trouverait-il un peu allégé...
RépondreSupprimerDouces pensées pour tous ses proches.
Bonsoir,
RépondreSupprimerJe voulais juste apporter ici quelques vers d'une de mes amies poètes que je les ai traduit, tant bien que mal, de l'albanais.
Que faire du battement de mon cœur :
Je le jette par-dessus les abîmes sans fonds,
la où il n’y a plus d’étoile brodée ?
ou alors, lentement, je tends une main
pour laisser de côté le temps passé
et attendre anxieusement le prochain battement ?
Amitié,
Highlander.
"De la part" de Zx du Forum de Défense de France Culture :
RépondreSupprimerUn extrait de Mélilotus et le mystère de Goutte-Sèche de Lisa Bresner :
Mélilotus examina la petite boutique d'éventails; sur la porte fermée, un écriteau en bois était cloué: "Fermé pour cause de loi anti-papier." Par la vitrine, Mélilotus put néanmoins admirer des centaines de modèles d'éventails différents disposés avec art et par thème.
Les éventails-qui-cachent-les-rires-froids-des-femmes-trop-belles s'alignaient à côté des éventails-qui-redoublent-les-cris-de-joie-pendant-les-anniversaires.
Le début et la suite, ici :
http://www.lire.fr/enquete.asp/idC=45760/idR=
Spécial jeunesse : comment leur donner le goût de lire
Très touchée par ce billet que je découvre presque par hasard. Dans un tel moment il y aurait mille choses à dire et pourtant il n'y a rien à dire. Prenez soin de vous.
RépondreSupprimerJe ne comprends pas, le lien Ouest-France est inactif ici, tandis que, à partir du Forum Broguière (vers la fin, message de "lu"), il ouvre bien la page, essayez :
RépondreSupprimerhttp://www.broguiere.com/culture/forum/index.php3?lecture=30687&debut=0&page=1
Et voilà : http://rue89.com/2007/08/01/la-disparition-de-lisa-bresner-defricheuse-de-la-culture-chinoise
RépondreSupprimerChere Madame,
RépondreSupprimerJe suis la tante de Lisa. Je vis aux Etats-Unis en Utah. Bien sur,
bouleversee de cette tragedie, et vivant si loin, je veux me rapprocher autant que possible de Lisa, n'ayant aucune nouvelle de ma famille depuis le coup de telephone Samedi matin. Grace a ma fille Angelique, j'ai pu ouvrir le website de Lisa, et j'ai trouve votre hommage qui m'a enormement touche. Comme moi vous l'aimez tant! J'aimerais vous parler. Je ne veux surtout pas m'imposer, mais echanger quelques pensees sur le bijou rare qu'etait Lisa, m'aiderait durant ces moments difficiles. Pourriez-vous, par example, laisser un no de telephone ou je peux vous joindre.
Tres sincerement,
Henriette Pety Chase
Bonsoir,
RépondreSupprimerQuelques réactions de tristesses glanées ça et là sur le web.
http://www.paysdechateaubriant.fr/Lisa-Bresner,-partir-a-36-ans_a2678.html
http://blog.lignesdefuite.fr/post/2007/08/01/souple-et-faible
http://www.livreshebdo.com/actualites/DetailsActuRub.aspx?id=854
http://luciesurlaterre.canalblog.com/
Post-scriptum au post-scriptum :
RépondreSupprimerEn fait, si je continue d'interroger le hasard de cette étagère supérieure de ma bibliothèque ("le hasard est toujours objectif"), il y avait là, dans l'ordre du désordre :
Pouvoirs de la mélancolie de Lisa Bresner
Lettres à l'Amant de Mireille Sorgue
L'Amante de François Solesmes [c'était lui, l'Amant]
Les Mille et une nuits :
... Les Passions voyageuses
... Les Coeurs inhumains
... Dames insignes et serviteurs galants
Nuit et Jour de Virginia Woolf
Collected Stories of Catherine Mansfield
Vous voyez ?
Les "Pouvoirs de la mélancolie" de Lisa retrouvés, à sa place, à côté des "Lettres" de Mireille Sorgue. J'ai quelque chose à dire à propos de Mireille. Mais d'abord, j'ouvre maintenant l'essai de Lisa avec d'autres yeux. Il est construit autour de sa traduction du "Li Sao" du premier poète chinois. Serait-il insignifiant que Lisa ait fait sien ce "Li Sao", qu'elle a rendu par "Pour chasser ma mélancolie" (dont elle donne les interprétations habituelles : "Rencontre de la Tristesse", ou "Tristesse de l'éloignement"). Lisa donne aussi la signification du verbe "Li": à la fois "se quitter", "se séparer", "sécarter de la norme", puis "rencontrer par hasard, tomber dans, ne pouvoir se passer de quelque chose". Je relis tout et je vous proposerai un petit texte un jour prochain.
RépondreSupprimerQuant à Mireille Sorgue, je me sens bien plus coupable envers elle. Il y a aussi cette terrible coïncidence: en août 1967 (quarante ans), Mireille "tomba" d'un train rapide qui la ramenait à Toulouse. Elle avait 23 ans. Au cours des années 80, sa soeur cadette est entrée en contact avec moi afin que nous puissions réparer la catastrophe éditoriale de ses écrits. Il fallait des autorisations familiales, il fallait du temps, cela ne s'est pas fait et je le regrette, le regrette et le regrette depuis. Un crime éditorial. Je vais tenter de retrouver cette soeur, Marie-France. Mireille et moi avons passé notre enfance à trois kilomètres l'un de l'autre, au flanc d'une montagne. Nous nous sommes croisés dans une fête de village ou dans le ramassage de fraises sauvages, peut-être.
Je viens de mettre la main sur un article de Geneviève Brisac, éditrice à l'Ecole des Loisirs - et amie - d'Eva Almassy, je pense qu'elle ne s'opposera pas à sa publication ici. Je l'adresse par mail. Je dois posséder quelques inédits de Mireille, qu'il ne m'appartient pas de mettre en ligne.
Néanmoins, sa soeur m'avait adressé la composition française avec laquelle elle avait obtenu le premier prix au Concours général (en 1961). Elle était première partout, à l'entrée et à la sortie (de l'Ecole Normale, par exemple). Le sujet portait sur le sentiment du passé. Je prends cette phrase: "Il me semble que l'inquiétude croissante qui nous prend au coeur au fur et à mesure que les contacts sociaux dessillent nos yeux et nous conduisent à une vue plus pessimiste que rationnelle du monde, peut nous rejeter vers un passé certain, vers ce qui a été, et qu'il est humain d'y chercher ce que nous ne savons prendre dans la vie de chaque jour: la couleur, le sentiment, la grandeur". Puis elle proposait comme (faux) remède à cette inquiétude fondamentale les vigoureuses affirmations d'indépendance et de force.
Tears in Heaven par E. Clapton :
RépondreSupprimerhttp://www.youtube.com/watch?v=VRsJlAJvOSM
Cette chanson pour elle.
Hommage à Lisa Bresner, avec une très belle photo :
RépondreSupprimerhttp://www.actes-sud.fr/pg/bresner.php
Chère, très chère Eva,
RépondreSupprimerLe temps passe et souvent on ne mesure pas la durée de nos silences, ils ne sont pourtant pas lieux d' indifférence.
Je sais ce qu'est la douleur de perdre une âme soeur, une amie et de cette façon si cruelle. A mon grand regret je n'ai jamais lu les oeuvres de Lisa Bresner, je ne doute pas de la perte que représente sa disparition pour ses proches, ses amis, pour la littérature et pour toi, Eva, si sensible et si douce.
Il est de grands artistes dont la destinée est de vivre éternellement par la beauté de l'oeuvre qu'ils laissent. Tel sans doute, est le destin de ton amie Lisa. Je pense très fort à toi Eva et t'assure de toute mon indéfectible
affection.
Ici...
RépondreSupprimerhttp://autobiographiedetoutlemonde.blogspot.com/2007/08/page-lisa-bresner.html
... j'ai mis en ligne quelques brefs extraits des livres de Lisa.
A l'attention d'Eva Almassy
RépondreSupprimerJ'ai été trés touchée par le deuil qui vous atteint et je veux vous assurer de ma lointaine sympathie.
Ainsi, au moment où elle quitte ce monde, je vais découvrir Lisa Bresner... et je ne suis pas la seule, si j'en juge par votre courrier. Ce genre de rencontre au delà de la mort, peut être décisif. Je le sais pour en avoir fait l'expérience avec Mireille Sorgue dont l'oeuvre m'accompagne depuis la lecture de sa correspondance, puis de L'Amant.
C'est justement de Mireille Sorgue que j'aimerais parler, avec vous ou avec l'une de vos correspondantes qui la connut, dans son enfance.
Contactez-moi, je vous en prie, L.L.
J'écoute un air de Mozart en ce moment. En lisant les commentaires des lecteurs et fans de Lisa Bresner, quelques larmes me sont montés aux yeux.
RépondreSupprimerInutile d'écrire quoi que ce soit. Je ne connaissais pas Lisa Bresner. Hubert Nyssen m'aura annoncé la nouvelle de sa mort par l'entremise de ses carnets. Lisa, ce prénom si beau, si désincarné, m'a tout de suite fait un clin d'oeil d'une rare profondeur. Il me fallait tout de suite savoir qui était cette personne, d'où elle venait, ce qu'elle a fait. Avant même de faire mes recherches, je pressentais qu'elle était disparue tragiquement.
C'est Schumann et son Widmung qui sonne dans mes oreilles en ce moment. Ces fleurs célestes et tourmentées dans la musique du grand Robert, elles sont maintenant pour Lisa, dans la lumière des ténèbres, dans la chaleur de la nuit. Quel silence effroyable que sa disparition. Une perte immense pour l'art et la jeunesse.
Je vous prie,
Claudio Pinto
A Laurence Liban :
RépondreSupprimerl'article de Geneviève Brisac sur Mireille Sorgue :
http://libellules.blog.lemonde.fr/2007/08/20/la-soif-exigeante-de-mireille-sorgue/
En 1995, Lisa Bresner s'entretenait avec Alain Corneau : http://inatheque.ina.fr/SEARCH/BASIS/dltv/dlweb/dl/DDW?W%3DCANAL++%3D+'RESEAU+5'%26M%3D951%26K%3D16291.001%26R%3DY%26U%3D1
RépondreSupprimerJ'ignore malheureusement comment se procurer ce document.
Pardon, le lien semble trop long. Ceci devrait faire l'affaire : http://minilien.com/?dj13CVAmtJ
RépondreSupprimerUn film d'Enola S. Cluzeau, Feuilleton (22") avec Lisa Bresner dans le rôle principal. Pour une séquence, notamment... où on la voit écrire.
RépondreSupprimerhttp://eview1.free.fr/feuilleton/feuilleton.html
Bonjour,
RépondreSupprimerJe crois qu'elle est la plus belle Rencontrée. J'avais essayé de raconter cette première heure en face de Lili Baï. Son parapluie rouge. Et l'idéogramme qu'elle m'avait tracé, sortant son nécessaire à calligraphie de son sac à main, rouge aussi. C'était une apparition si merveilleuse que même la pluie s'était dite: pleuvons comme sur le jardin du Ryoanji. Et, pour Tuiles intactes et jades brisés, le Café du cinéma. Elle en vert. Un homme qui riait. De quoi. Elle me dit: Au Japon, un journaliste ne prendrait pas de notes. J'avais répondu: il se contenterait de vous regarder. Et pensé: et ne risquerait pas d'oublier. L'homme au bar avait ri à nouveau.
Amère tragédie que la vie
RépondreSupprimeret grande tristesse quand
elle nous ravit ce qu'on a de plus cher
et sans connaitre le Pourquoi... au final
sauf à croire que certains plus que d'autres
souvent les plus sensibles
ceux dont la sensibilité est à la fois force & fragilité
ne supportant plus le bruit & la fureur de la vie
décident de quitter l'Ici-Bas
Lisa, un auteur qui va nous manquer
et qui, dans le tumulte ambiant et vain,
n'a pas été suffisamment médiatisé
Lisa, et tant d'autres, Sarah Kane, et d'autres encore
qui semblent nés sous un soleil noir
Linda Lê y fait d'ailleurs étrangement écho
dans son roman paru cet été
"In Memoriam"
où je me permets de reprendre le mot de l'éditeur:
"Une femme s’est donné la mort un matin de printemps. Elle laisse derrière elle quatre livres qui sont autant d’énigmes pour les deux hommes qui l’ont aimée, deux frères ennemis devenus des inconsolés. Le narrateur, lui-même écrivain, est celui qui l’a approchée le premier ; il trace le portrait d’une séditieuse, créant, envers et contre tout, une oeuvre où la concession n’a pas cours. Tombeau d’une irréductible, éloge d’une maquisarde, ce récit de deuil est aussi une confession où l’amour, la rivalité, la recherche obstinée de la vérité offrent des visages multiples. La quête de l’autre, le sacrifice consenti à la littérature, la ronde des fantômes qui demandent à renaître : en s’interrogeant sur le départ, sans un adieu, sans une lettre, de cette amante qui l’a révélé à lui même, le narrateur fait retour sur soi, et c’est avec une lucidité teintée d’humour qu’il se dépeint à travers ses tâtonnements littéraires et ses algarades avec son frère, destiné à être son rival. Et peut-être, au bout du compte, le pari qu’il relève est-il de dire la passion pour un être qui a conservé jusqu’au bout son mystère, et de vaincre la mort par les mots."
Interwiew de Lisa, sur son film Misako - et les différences entre l'écriture de scénario ou de roman, la ville de Nantes et ses ponts, les voeux que font les jeunes filles au Japon - dans l'émission Short-Cuts (Niglo Productions) :
RépondreSupprimerhttp://eview1.free.fr/lisa_bresner/lisa_bresner.html
Il me semble vous avoir rencontrée à Royaumont il y a bien des années (et aux nouveaux cahiers de l'Est). Pardon si je me trompe. Je suis très affecté et troublé par la mort de Lisa Bresner. Je voulais la rencontrer à Nantes où habite ma fille et où je vais souvent, Jackie Pigeaud m'avait parlé d'elle mais ça ne s'est pas fait.
RépondreSupprimerDe ce qui s'est passé là, je voudrais tirer une leçon, l'appliquer à ma vie, et en attendant je voulais vous envoyer ce signe
amicalement Pierre Pachet
Un hommage sera rendu à Lisa le 20 septembre prochain, à 18 h, au cours d'une lecture publique :
RépondreSupprimerhttp://www.ville-ge.ch/culture/fureur/biosexpress.html
http://www.ville-ge.ch/culture/fureur/p_jeudi.html
Une autre réaction à son décès :
http://rennette.canalblog.com/archives/2007/07/31/5776162.html
D'elle ne me reste qu'une petite et belle voix enjouée au téléphone, une envie de la rencontrer. Nous venions de nous découvrir cousines, j'avais promis de lui écrire. Puis la vie m'a éloignée de cette idée, dardant parfois des regrets mais reportant ce projet toujours plus loin. Maintenant c'est trop tard, à l'eau les échanges de souvenirs que nous n'avons jamais eu en commun, nous nous en serions pourtant fait, c'est certain. Je l'ai gardée pourtant en permanence dans un coin de ma tête, et maintenant que je me décide enfin, j'apprends son décès, je suis terriblement attristée, je m'en veux de n'avoir réagi plus tôt.
RépondreSupprimerBonjour Eva, oui, il y a Lisa, Mireille, et tant d'autres... Pourquoi tous ces talents assassinés? J'ai bien connu Mireille Sorgue, je l'ai connue depuis ma naissance jusqu'à sa mort. Et je me sens toute proche de vous dans votre peine, et je voudrais créer un site pour Mireille comme vous l'avez fait pour Lisa. Pouvez-vous m'aider à retrouver a.g (commentaire du 5 août 2007) ? C'est très important pour Mireille et pour moi...Merci, merci pour tout. Marie
RépondreSupprimerBonjour,
RépondreSupprimerJ'apprends avec retard le décès de Lisa Bresner. Je suis sans voix... pleine de tristesse comme si j'avais perdue une amie (Lisa avait le même âge que moi en plus). Ses livres font partie de la vie des mes petites filles et contribuent à leur amour de l'Asie (outre un grand-père vietnamien). Jamais elle ne disparaitra, son travail restera !
Quel tristesse ! et quelle douleur qu'elle ait choisi de disparaitre, quel chagrin devait être le sien...
Bises à toi qui a eu la chance d'avoir son amitié.
En Juillet départ de Lisa Breisner, en décembre départ de Julien Gracq... une année bien misérable s'achève.
RépondreSupprimerTous deux auraient peut être refusé l'affliction compatissante... mais nous sommes tristes, très fort encore.
bonjour,
RépondreSupprimerMarie France,soeur de mireille sorgue,si vous me lisez..je suis étudiante en lettres,je vais commencer dès septembre(mais malheureusement pas en france) un mémoire sur "l'amant".votre soeur était un écrivain si incroyable,elle m'a touchée plus qu'aucun autre,et c'est pour cela que je veux tenter de faire quelque chose..y 'a t' il un moyen d'accéder aux brouillons de "l'amant"?on parle de "crime éditiorial" pour votre soeur,mais je suis ignorante de l'exacte ampleur du travail de votre soeur..pardonnez moi d'être si directe,mais si je veux faire quelque chose de bien,j'ai besoin d'aide ,de renseignements...pourriez vous m'aider?loxit@hotmail.com
Life goes on
RépondreSupprimerIn three words I can explain all I have learned about life: It goes on.