lundi 21 juillet 2008

Le pénis de Shakespeare (ter)

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 Ton visage est celui d’une femme, dessiné par la nature, maître-maîtresse de ma passion (sonnet 20). Cette image n’est pas une illustration. Elle est le pourquoi de la rose. Mais d’abord (allons – permettez-moi – posez-vous la question), homme ou femme, qui lui (lui ?) résisterait ? Avoir parlé de la sexualité de Shakespeare avant sa publication valait paroles en l’air. Mais en parler depuis multiplie les manières de la dire ou de n’en dire rien. Explications.

L’histoire, d’abord, de ce portrait. Relégué dans un couloir, il passait inaperçu depuis des siècles dans les collections de la famille d’Alec Cobbe (elle compta un archevêque d’Irlande), et portait au dos cette inscription : Lady Norton, daughter of the bishop of Winton. En 2002, Alastair Laing, conseiller artistique du National Trust, vint à passer devant lui et jugea que Lady Norton était un jeune homme habillé en femme, avec lipstick rouge, dentelle de Venise autour du cou et lacs d’amour en pendants d’oreilles. Son propriétaire se lança dans une recherche généalogique et finit par découvrir des liens entre sa famille et les Wriothesley remontant à l’époque élisabéthaine. « My God, se peut-il qu’il s’agisse d’Henry, le troisième comte de Southampton, le patron et peut-être l’amant de Shakespeare ? » Les ressemblances étaient troublantes avec le « Crick portrait » et la miniature Hilliard du Fitzwilliam Museum de Cambridge. Les experts tranchèrent, c’était indubitablement l’image la plus ancienne et la plus jeune de Henry Wriothesley, dédicataire de Vénus et Adonis, du Viol de Lucrèce (dans les mêmes termes qu’au sonnet 26, « Lord of my love… je t’envoie ce message »), celui pour qui furent écrites Peines d’amour perdues et peut-être l’énigmatique W.H. des Sonnets. Ces sonnets où Shakespeare semble se mettre à nu. 

« Juste ciel ! que vois-je en relisant quelques-uns des premiers sonnets. Il au lieu de Elle… se peut-il que ces sonnets s’adressent à un homme ? Shakespeare ! Grand Shakespeare !... (De Wailly, Revue des Deux Mondes, 1874). En 1640, John Benson, un papetier de Londres, publia à son compte une édition des sonnets et fit passer tous les pronoms du masculin au féminin. Proust a bien féminisé ses partenaires et on ne peut entrevoir le destin littéraire d’un Albert disparu. Pendant un siècle et demi, les vers de Shakespeare furent lus, intensément, au féminin, jusqu’au rétablissement du genre originel par Edmund Malone en 1780. Lequel, cependant, dans l’espoir d’atténuer la lamentable passion du poète pour le cher ange, détourna sa jalousie sexuelle vers sa femme, Ann Hattaway. Tout le dix-neuvième siècle s’appliqua à lire dans les sonnets de magnifiques exercices littéraires, de simples vues de l’esprit. E.A. Hitchcock (1865) en parla comme d’écrits hermétiques dont le sens mystérieux gît au plus profond. Certains voulurent que les Son-nets aient été adressés à son fils (son) de onze ans, Hamnet. D’autres y virent la preuve que Shakespeare était une femme (par exemple Emilia Bassano, la Vénitienne, candidate elle aussi au rôle de Dark Lady). Puis, Samuel Butler, dans son édition de 1899 mit en avant leur caractère homosexuel, et cria au loup – un peu trop fort (« flétrissure de lèpre ») pour se mettre lui-même hors sujet. La première lecture intégralement gay attendit Joseph Pequigney, Such is my love, 1985. Les sonnets-confessions, les sonnets-pure-fiction, les sonnets-homoérotiques, les sonnets-fantasmes-biographiques, les sonnets-indépendants-de-leur-auteur, les sonnets-miroirs-pour anxiétés-contemporaines laissent, dans tous les cas, l’affaire ouverte : « William Shakespeare était presque certainement homosexuel, bisexuel ou hétérosexuel. Les sonnets n’apportent aucune preuve à ce sujet » (Stephen Booth).

Soit donc Wriothesley le sweet love, le Fair Youth des poèmes. Il était, en 1590, au début de leur écriture, un jeune homme de dix-sept ans que son tuteur pressait de se marier. Son nom se prononçait Rosely. Pendant les dix-sept premiers sonnets, le poète adjure le Young Man d’engendrer, de laisser une image de lui, pour que jamais ne meure la Rose de la beauté (dès le deuxième vers du sonnet 1), de ne pas avoir commerce qu’avec lui-même (mise en garde contre la masturbation, sonnet 4), de ne pas rester fiancé à ses yeux brillants et de faire un enfant (un fils). Rosely n’avait pas d’attirance pour les femmes (dont il resta quelques années, il est vrai, la plus belle). Il finit par épouser, secrètement et tardivement (enceinte), Elisabeth Vernon, une dame d’honneur de la reine – autre prétendante au rôle de Dark Lady - dont il eut une descendance. Une de ses filles, à moins que Shakespeare n’en ait été le père, (une idée d’Hildegard Hammerschmidt-Hummel), fut une ancêtre de Lady Diana.

Wriothesley a 20 ans en 1593, date du sonnet 20 aux rimes exclusivement féminines (le poète est tombé explicitement amoureux dès le sonnet 18 : « vais-je te comparer à une journée d’été ? »). Le 20, ce « master-mistress sonnet » le dit avoir été d’abord créé pour être femme, mais la Nature, en la façonnant s’éprit d’elle et lui ajouta une chose : By adding one thing to my purpose nothing. Ces mots ont provoqué des orages de papier. Ils peuvent dire que le dessein hétérosexuel du poète a été mis en échec par ce thing (pénis) dont la nature l’a équipée (pricked, avec jeu de confirmation sur prick, queue), et que ce qu’il voulait faire est désormais impossible (en langage de banlieue « il a niqué mon délire ») ou tout au contraire qu’il peut prendre du plaisir à la manière des femmes, en ayant une relation avec un homme. Le poète tente-t-il d’extraire une femme de ce garçon ? Et refuse-t-il l’addition ? Ovide, déjà, et on peut être certain que Shakespeare l’a lu, voulait être à la fois l’anneau et l’amant de Corinne (Amores, 2,15). Tout poète gréco-latin allait de l’un à l’autre amour, par mille sentiers. « Shakespeare et ses contemporains ne sont pas aisément réductibles à un genre de sexualité quel qu’il soit » (Michael Keevak, Sexual Shakespeare). Ce qui n’est pas une fabrique de simplicité. Un étudiant : « Pourquoi serait-il gay s’il désire que le mec soit une fille ? »

D’ailleurs, on nous explique que le terme homosexuel n’existait pas avant 1869 (en anglais) et qu’au lieu d’un état, chez les Elisabéthains, seul l’acte existait (la bougrerie du sodomite, le mot est de Calvin). Le désir mâle-male pouvait être exprimé, compatible avec le mariage (Shakespeare ne s’en est pas privé : Iago – un rôle qu’il a joué - partage le lit de Cassio, il l’entend prononcer le nom de Desdémone, « et voilà qu’il met sa jambe sur ma cuisse, il m’embrasse comme s’il arrachait des baisers par la racine »). Peut-être. Oui, mais ces supputations sur l’usage de son pénis par le Barde peuvent aussi bien se froisser d’une main. Il savait que la forme sonnet venait de la poésie arabo-andalouse, où l’amant s’adresse à sa maîtresse au masculin, et passa par les troubadours provençaux qui s’adressent à la dame par le terme midons, « mon seigneur ». Après tout, les Sonnets de Shakespeare sont peut-être de la poésie. « Ce mètre tout méridional, Shakespeare va y plier de force le rude idiome saxon… L’anglais, ce jargon brut, si réfractaire aux assonances, si hérissé de consonnes, Shakespeare va le jeter à la fonte du sonnet et en retirer une langue chaude, étincelante, harmonieuse » (François-Victor Hugo, qui le traduisit). Oui, mais l’aveu (« hélas, il ne fut à moi qu’une seule heure ») du sonnet 33, et la réponse à une possible accusation (« Je suis ce que je suis ») du sonnet 121 ne semblent-ils pas ne laisser aucun doute? Oui, mais, dès le 127, apparaît la Black Lady, et la virtuosité du sonnet du pénis (135), comme l’érection et la détumescence du pénis sans con-science (151) affirment le Shakespeare paysagiste du sexe féminin (les fourrés sombres, les sources agréables de Vénus et Adonis), et des domaines mitoyens de la cuisse frémissante de Juliette. On connaît la beauté physique qui l’attirait : yeux « sombres », front « de velours », bien dégagé, un pied délicat, une peau extrêmement fine et lisse, avec un lacis de veines « bleu comme l’azur céleste ». Oui, mais, la  noire Lady n’est-elle pas le « détestable objet hétérosexuel d’un désir idéalement homosexuel » (J.Fineman) ? Vient alors le 144, « Two loves I have » et la triangulation man-man-woman du poète, du bon ange clair et de la dame sombre. L’ange qui est peut-être en ce moment dans l’enfer (hell : le sexe féminin) de l’autre.

Les étudiants disposeront de nombreux siècles encore pour se faire une opinion de Shakespeare et d’eux-mêmes. Quelqu’un pourra aussi leur démontrer que les 154 sonnets sont des variations sur les 155 psaumes de l’Ancien testament (un a été dédoublé). Cependant, voici revenir Alec Cobbe. Un autre portrait passait inaperçu dans sa famille peu indiscrète. On le tenait pour celui de Sir Walter Raleigh, l’explorateur exécuté. Eh bien, c’était l’original, identifié en 2006, du très répandu portrait de la Folger Shakespeare Library, la prestigieuse bibliothèque implantée sur la colline du Capitole à Washington. Il avait fait, avec celui de Rosely, partie de l’héritage de cette Lady Norton, arrière-petite-fille du troisième comte de Southampton, Henry Wriothesley. Voilà le visage de Shakespeare bien proche du corps de W.H.


[Ce portrait "authentique", dévoilé le 9 mars 2009 à Londres (et identifié il y a trois ans) n'est par pour autant le portrait assuré de Shakespeare. Non seulement il ne ressemble en rien à ce qu'il disait lui-même de son visage et de sa calvitie), mais pour d'autres raisons, qu'il faudra donner, il est à peu près certain qu'il est celui de sir Thomas Overbury, poète et courtisan, empoisonné à la Tour de Londres. Le portrait est daté de 1610 : le vieux poète avait 46 ans et Overbury 29. Voir ici).




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W.H ? Des milliers de chercheurs se demandent encore qui se cache derrière ces initiales de l’édition de 1609. Et si elles signifiaient Who He? Qui lui? (Colin Burrow, éditeur des Sonnets en 2002). Ou même (Arthur Freeman), Whoever He, n’importe qui, qu’il soit mâle ou femelle. Shakespeare a-t-il été durant sa vie « all things to all men » se demandait Eric Partridge (Sakespeare’s bawdy), d’ailleurs une très sainte expression des Corinthiens. Quoiqu’il en soit, la très relevée Philadelphia Shaksper Society, et ses dîners annuels aux thèmes shakespeariens, est toujours réservée aux hommes (all-men).

A venir: "La tête de Shakespeare".

Alain Garric 

mercredi 9 juillet 2008

Le pénis de Shakespeare (deux)

 (Pour la citation de PPDA, voir : commentaire)



Plutôt que le ciel rempli d’étoiles et l’injonction du bien dans le cœur humain, les deux choses les plus importantes dans l’existence - qui sait pour combien de personnes parmi les centaines de millions qui le disent en anglais ? - sont Sex and Shakespeare. Unifiées dans le pénis du Barde adoré, toute la culture d’Outre-Atlantique semble dépendre des mœurs sexuelles du « père de l’homme en Amérique » (Emerson), toute la morale, toute la politique, toute l’expression de soi dans la langue qu’il a créée. « Son esprit est l’horizon au-delà duquel, dans le présent, nous ne voyons pas ». Le pénis de William Shakespeare de Stratford-upon-Avon parait égal à l’inaccessible boson de Peter Higgs de Newcastle-upon-Tyne, la « particule de Dieu » - même si chacun possède ses propres bosons, ici ou là. Le boson engendrerait la matière, et le pen, ou phenix, aurait engendré la conscience et la parole humaines. Pour le même Emerson (celui qu’admirait Borges), nous avons tous été Shakespeare, celui qui a écrit le texte de notre vie moderne.


Montaigne, chez nous, a bien essayé, il nous a dit - en traitant de lui - qui nous sommes. Il a parlé de sa sexualité, de sa capacité de courir plusieurs postes la nuit et d’aimer le faire debout. Le mot de masturbation apparaît sous sa main. Il a décrit son pénis, car nulle autre de ses pièces ne le faisait « plus proprement homme que celle-ci », hélas non longa satis. Shakespeare l’a lu dans la traduction de son ami Florio quand ils étaient ensemble à Titchfield, la propriété d’Henry Wriothesley (que l’on retrouvera), et il savait assez de latin pour comprendre le regret du maire de Bordeaux, « ma verge n’est pas assez longue, ni bien grosse… » (III, 5, Sur des vers de Virgile). Au-delà de ses moqueries lancées contre les « three-inched » (7 cm 62, variable selon les régions) et de son dire qu’il « est plus qu’il n’en faut » pour glisser son « désir » dans le « grand et spacieux désir » de la Black Lady (sonnet 135 : « le sonnet du pénis »), Shakespeare ne livre de lui qu’un bref portrait de son visage, « tanné, gercé, un bronze antique patiné » (sonnet 62), le reste et l’usage qu’il en fit doit être mis à nu dans ce qu’il a écrit.

Le sexe est répandu dans Shakespeare comme le sel dans l’océan. Il est semblable à ce mystère qui donne à un paysage son immédiate complétude. Beaucoup ont tenté de l’enlever, autant empêcher par la main les vagues blanches de bouger, les nuages bouclés de passer, les oiseaux tièdes de voler. Il est fondamental à son œuvre, à la lutte de la vie contre le temps vorace. Il était nécessaire pour satisfaire les « groundlings », les spectateurs du parterre (« Descendons un peu, dit la vieille dame à Ann, du poids de la couronne de duchesse sur votre front… à celui du duc sur vos reins », Henry VIII, II, 3). Une comparaison botanique : La première édition de l’Encyclopedia Britannica (1771) relevait, à l’article Botany que « l’obscénité est la base même du système de Linné » avec sa débauche d’étamines et de pistils. Mais on peut regarder un champ fleuri sans se pencher sur l’ « orgie fraternelle » du bouton d’or ou les ébats des deux partenaires mâles de la véronique. Dans cet herbier, qualifier Shakespeare de cryptogame s’impose dans l’incertitude où l’on est de sa sexualité.

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Ce n’est pas son nom qui la dissimule, transparent, d’une clarté qui pourrait annoncer un canular : Branleur. Will Shake one’s spear. A Prick Wanker, un Branleur de Queue (Pauline Kiernan, Filthy (obscène) Shakespeare. Elle y détaille les jeux de mots qui s’appliquent « à la baise, au con, à la bite, l’érection, l’éjaculation, la masturbation, le cunnilingus, la fellation, la sodomie, les travestis, les lesbiennes, les homosexuels, les bordels, les putains (femmes et hommes), la chaude-pisse, les godemichés, les nichons, les couilles, le pubis, l’impuissance, la virginité et – n’ai-je rien oublié de ces entrées qu’il faudra sans doute effacer sous la pression des connections aléatoires ? – les maquerelles). Mrs Kiernan, salace par son objet d’étude, écoute Julia, des Deux gentilshommes de Vérone, discuter avec sa femme de chambre Lucetta qui lui enjoint, si elle veut se déguiser en homme, d’exhiber une braguette assez rebondie pour y planter des aiguilles à perles comme dans un chapeau. Elle « clarifie » les propos de Iago (Shakespeare a joué ce rôle) : « Empoigne, à poil, ton engin de fornication, and put in it ». C’est le bawdy Shakespeare du dernier courrier. Le mot vient de l’ancien français baud, « hardi, impudique », qui donna son nom au baudet, l’âne-étalon. La bawdiness abonde, le trou dans le mur du Songe, le jeu de boules dans Peines d’amour perdues, l’arme de Falstaff dans la bouche de Mrs Quickly (rendue en français par Mme Vitement alors que son nom ne dénote pas la vitesse mais la vivacité), les remarques de Mercutio – obsédé par le phallus de Roméo : « au nom de sa maîtresse c’est lui que je veux faire dresser » - la maturité sexuelle attendue par Viola dans La Nuit des Rois. Feste – Que Jupiter t’accorde une barbe à sa prochaine livraison de poils. Viola – Ça me rend malade de ne pas en avoir une, mais je n’aimerais pas qu’elle pousse sur mon menton. Mille comme ça, à découvrir.

Le menton de Viola est celui d’une fille jouée par un garçon, une fille qui se déguise en garçon (Cesario), un garçon qui excite à la fois le désir de lady Olivia et celui du duc Orsino. La confusion est complète dans la présence obsédante des boy-girl-boys sur la scène shakespearienne où les femmes étaient interdites et les mignons, même muets, très nombreux pour simplement les préparer à prendre la relève (et "de leur faire de bonne heure connaître le vif", Montaigne. La maturité sexuelle, la "barbe", signalait d'abord la fin du péril). Des garçons aux mains aussi blanches que duvet de colombe et qui ne cachaient rien de leur âme brûlante derrière le rideau frangé de leurs prunelles. Le sous-titre de La Nuit des Rois est What you will. Et, dans As you like it, Rosalinde (jouée par un garçon) se « déguise » en garçon, Ganymède, séduit par la bergère Phébé (jouée par un garçon), « elle-même » attachée à sa cousine Célia (un garçon). Phébé tombe amoureuse de Rosalinde-Ganymède. « Celle-ci » propose à Orlando de le guérir de son amour pour Rosalinde en courtisant Ganymède comme s’il était Rosalinde. Ce que vous voudrez ou Comme il vous plaira. Scrutés par cent et mille universitaires, sexes et genres ne se divisent pas aisément.

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Pas plus que ces billets dont je dois allonger le nombre. Que tenta de dire Shakespeare avec son "I am what I am" du sonnet 121, lui qui se fit « all things to all men » and women? Qui était le jeune homme ( ?), le sweet love des Sonnets dont je dois faire attendre encore la troublante image ? Quel est aussi ce sourire désenchanté de la fin de la Renaissance qui apparaît d’abord dans le théâtre de Shakespeare ?

Post-postum : Circule en ce moment sur le net une pétition intitulée Déclaration de doute raisonnable au sujet de l’identité de William Shakespeare (www.doubtaboutwill.org). Elle provient de Californie et met en doute que le fils d’un marchand de gants de Stratford ait été le porteur d’un tel génie poétique. Des gants, pourtant, il n’en manque pas dans les pièces : le gantelet de Mars et le gant de Vénus de Troïlus et Cressida (de la belle bawdiness : condom et vulve),  le « Je sais qu’un gant est un gant » (Henry V), ou « Cette femme est un gant bien souple, elle va et vient comme on veut » (Tout est bien  qui finit bien). Roméo voudrait être un gant sur la main de Juliette, un de ces gants aussi parfumés que des roses de Damas que vend Autolycus (à côté de godemichés) dans le Conte d’hiver à Perdita, la fille du vieux berger. Elle danse avec Doriclès : « Il dit aimer ma fille, et je le crois aussi, car jamais la lune n’a regardé dans l’eau autant qu’il reste à lire, dirait-on, dans les yeux de ma fille ». Ecrire avec des gants ? Seul un très bon écrivain peut faire ça. A suivre.

Alain Garric