lundi 27 juillet 2009

La légende de Roth

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Au cimetière parisien de Thiais (dit le "cimetière des pauvres"), le graveur a raccourci de vingt-quatre jours la brève vie de Joseph Roth. Comme si l’ironie remboursait le trop-perçu d’une existence par degrés abrégée. Un après-midi de printemps 1939, le garçon du café de Tournon demanda à l’habitué de la petite table de marbre vert, près de la vitre : « Quelque chose pour commencer, Monsieur ? – Je ne commence pas, répondit doucement Roth, je ne commence plus ; je suis fini. ». Quotidiennement, jusqu’à minuit, devant son cahier d’écolier, à coups de Suze-mirabelle – ersatz du sliwowitz autrichien – il édifiait une petite tour de soucoupes branlante. Ses yeux s’irritaient, ses jambes gonflaient, la tour vacillait mais Roth restait malicieusement lucide. Une fois de plus, simplement, il avait un peu trop écrit.

Telle fut la fin du plus grand prosateur, peut-être, de langue allemande de l’entre-deux guerres. Roth n’avait rien d’un maudit et il n’y a pas à faire silence sur cette perdition que lui-même revendiqua dans son dernier livre, La légende du Saint Buveur (« Que Dieu nous donne à tous, buveurs, une mort aussi douce et aussi belle » en est l’ultime phrase). Il apporta, d’ailleurs, tant de soins à sa propre légende, qu’il fallut vingt années d’entretiens et de voyages à David Bronsen, son biographe, pour démêler une telle pelote de contradictions. Catholiques  et israélites se disputèrent sa dépouille autant que monarchiques et socialistes revendiquèrent son œuvre.

Magicien de la mythomanie, Roth connut une enfance qui semble un conte pour psychanalystes. Il naquit dans un trou de souris de Volhynie, un village fondé par des colons souabes protestants, près de Brody, mais où, en 1894, l’empreinte polonaise marquait une population slave parlant l’ukrainien tandis que l’allemand était langue officielle. Situation assez banale sous un empire où se mêlaient en outre Hongrois, Tchèques, Roumains, Slovaques, Serbes, Croates et Italiens. Il s’y faisait un commerce de tissu entre l’Ecosse et la Russie, ou de bois avec la Scandinavie. Son père, autrichien, disparut au cours d’un voyage d’affaires, ignorant qu’il allait avoir un fils. Vraisemblablement alcoolique, il aurait été interné à la suite de son comportement dans un train. Mais, à Brody, on dira qu’il s’était pendu. Sa mère, juive, ne lâcha plus la main de son fils [je précise, à la suite d'un commentaire, que son père aussi était juif, d'un milieu hassidique orthodoxe] . Sa mère, donc, accompagnait Joseph à l’école, l’attendait tandis qu’il apprenait les Fables de La Fontaine, et le ramenait à la maison. L’enfant parvenait à s’échapper quelques heures pendant la nuit. Bien plus tard, inlassable nomade et n’habitant que les hôtels, Roth écrira : « Quand on est malheureux, il faut changer de domicile ». Et pour qualifier son style cristallin, un critique comparera étrangement ses courtes phrases à la prière d’un enfant.

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« A l’avant-garde de la décadence », l’Europe centrale donna au XXème siècle – qui ne le sait pas ? – ses impulsions intellectuelles majeures. Cependant, sous la pensée nouvelle, demeurait le vieux limon baroque, avec son fantastique, ses légendes, ses miracles. « Je suis un Français d’Orient, un rationaliste à l’esprit religieux, un catholique avec un cerveau juif » proclamait Roth, qui croyait comme un Habsbourg à l’unification de l’inconciliable. Ainsi que d’autres centre-européens (Musil), il rejetait l’idée même de nationalité. Il était autrichien comme on est écrivain : absolument. Et de même qu'elle l'aura été pour Musil, la chute du vieil empire de faïence craquelée fut le sujet de son œuvre. Mais où l’ironie de l’un s’engage dans la précision et l’impersonnalité, la dérision de l’autre s’abandonne à la tendresse de l’identification. A l’un la structure, le bâti, le continuum ; à l’autre l’aquarelle, l’écriture à main levée, le périssable. La « double monarchie » méritait deux langages. Où Musil ne pouvait achever, Roth ne pouvait survivre.

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La Marche de Radetzky (tambours, flûtes et cymbales) glorifiait à la Johann Strauss le vieux feld-maréchal d’Autriche qui fait encore tonner les canons à Custozza et à Novare dans Le Bonheur fou de Giono. A Paris, au début des années trente, lors d’une promenade aux abattoirs de la Villette, Roth la chantonna au rédacteur en chef du Frankfurter Zeitung dont il était l’étincelant reporter de voyages. Facétieux et désenchanté, il voulait pour son roman reprendre le titre de cette « marseillaise du conservatisme ». Publié en 32, le livre déroule en parallèle l’interminable règne du dernier des Habsbourg et la destinée de trois générations de von Trotta. Le petit-fils du héros de Solférino, dont le désarroi vaut pour Roth lui-même, est broyé dans la fin du monde de 1918. L’Autriche, alors, comme disait Clemenceau, « c’est ce qui reste ». La nostalgie. Le commentaire avait longtemps voulu faire oublier que Kafka avait de l’humour. Le lecteur de Roth franchissait trois cent cinquante pages en un sourire : « Depuis des années, on ne permettait pas [à l’empereur] de mener la vraie vie militaire. Une seule fois, par exemple, précisément au cours de la malheureuse campagne d’Italie, il avait vu une vraie puce vivante dans son lit, mais il n’en avait rien dit à personne ». Le Patriarche  de Garcia Marquez est peut-être né là, comme l’attente aux frontières, chez Gracq ou Buzzati, a pu y commencer. A lire les romans de Roth, on éprouve souvent le sentiment de reconnaître nombre de livres postérieurs. Il y a du prophète chez cet homme fragile et chétif : dans La toile d’araignée, son premier roman, il dénonça avant tout autre le complot nazi et la genèse des dictatures. Le livre acheva de paraître, en feuilleton à Vienne le 6 novembre 1923. Le 8, c’était le putsch à Munich de Ludendorff et Hitler. « Appelez un balai Ludendorff et le balai se mettra à tirer », raillait-il. Plus tard il écrivit à Stefan Zweig : « La barbarie a réussi à établir son règne. Ne vous faites aucune illusion. C’est le règne de l’enfer ». Dommage qu’il n’ait pas été un aussi bon chamane. Blanche Gidon, sa traductrice , raconta qu’elle le vit un jour demander vainement à la pluie de cesser.

Traduite en français depuis 1934,  La Marche resta introuvable jusqu’en 82, malgré les efforts de Gabriel Marcel, notamment ou de la revue Allemagne d’aujourd’hui. Mais Roth avait connu le pilon nazi et l’autodafé de Goebbels. La redécouverte demeure le mystérieux moteur de l’histoire littéraire. Et qui marchait bien puisqu’on nous donna bientôt Le Poids de la grâce, etc. Titre mal venu pour le deuxième succès de Roth dont l’original s’intitulait Job, le roman d’un homme ordinaire. Ce fut le livre préféré de Marlène Dietrich. Elle le vénérait. Cette fois Roth se mettait au violon, l’instrument de son enfance. Ce n’était plus Strauss mais la musique biblique qui le guidait. Frappé par le destin, un juif déraciné, émigré en Amérique, était sauvé par le miracle de cette rébellion contre Dieu. Roth, à l’époque, subissait les rudes rigueurs du sort.


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Sa femme, Friedl, une ravissante viennoise -regardez-la, sombrait dans la démence (Friedericke, née Reichler). Son visage était devenu tout pointu. Elle fut assassinée par les nazis en 1940 dans leur programme d'extermination des malades mentaux ("Opération T4"). Roth chavirait dans la solitude et les liaisons malheureuses, entre autres avec l’épouse d’un roi africain. Il confia qu’il écrivit la seconde partie de Job  en état d’éthylisme et que, pour lui, il resta inachevé. Mais, surtout, le poids du modèle pesait malgré le rarissime talent du conteur. Les phrases de Roth sont des alouettes. La merveille de son style consiste en une manière inimitable de s’éloigner et de se rapprocher sans cesse de l’action et des personnages, comme monte et descend l’oiseau ivre de la lumière des matinées. Il joue de l’ironie comme d’un yoyo, tendre un instant et l’autre corrosif. De même l’humour juif de centre-europe se voulait distance à l’égard de l’Histoire. Roth écrit entre deux mondes, avec ces mots de Rilke dans l’oreille : « Le beau n’est que le seuil du terrible ».


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Ce qui permit à beaucoup de voir en lui un écrivain à bascule, aristo et clochard, moraliste et bohème, une fois socialiste déçu par la bureaucratisation, une fois légitimiste inquiet devant l’absolutisme. Un jour admirable et pitoyable le lendemain. Flaubert dans une page et Stendhal dans la suivante. Sans doute était-il du bois dont on fait les flûtes. Mais lorsqu’un enfant lui demandait « pourquoi écris-tu toujours ? » il répondait : « Pour que le printemps revienne ». Joseph Roth mourut à Paris, après six ans d’exil, le 27 mai 1939. Légère anticipation sur la défaite de tous.

Alain Garric

Exposition « Joseph Roth, l’exil à Paris, 1933-1939 au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme, Hôtel Saint-Aignan, 71 rue du Temple, jusqu'au 4 octobre. Rencontre littéraire avec Claudio Magris le 10 septembre. Colloque international les 24, 25 septembre.

dimanche 26 juillet 2009

Tour de France sentimental III

Dernière étape: d'ailleurs à nulle part.


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Il y a longtemps, et davantage (plus de deux siècles), un homme qui ne quittait pas sa maison de campagne près de Melun passa dix années de sa vie à recenser les relations de voyage dans tous les pays et toutes les langues du monde connu (Boucher de la Richarderie, Bibliothèque Universelle des Voyages, 6 volumes). Il en compta 5562 dont 1708 en français, tant, à son époque, le succès les accueillait : il paraissait un récit de voyageur pour deux romans de sédentaires (ce qui équivaudrait à 332 titres à la rentrée de septembre). Aujourd’hui, le genre Voyage est considéré comme mineur (voyage en France tout au moins, car il y eut L’Usage du Monde de Nicolas Bouvier ou L’Eloge des voyageurs insensés de Vassili Golovanov, des départs vers l’ailleurs, il est vrai, cet ailleurs serait-il soi-même). A ce point que Dominique Noguez prit pour titre Derniers voyages en France : Il ne trouve rien de bien captivant à Marseille, mange mal partout à Nice, fuit Châteauroux avec des haut-le-cœur, comme si la faute en revenait au pays visité. Finissons notre chemin.

Quand Noguez se rend à Rennes en avion (avion détestable bien sûr), il ne fait que réaliser le rêve de Mme de Sévigné, celui d’une machine volante qui l’eût transportée en quelques heures de Bretagne en Provence en lui évitant l’ennui de la route. Quant aux étapes, en deux jours, dit-elle, elle en a « jusque là » de Marseille (voir les Humeurs vagabondes de Daniel Roche). Une infinité de notations plus heureuses sur les paysages, les villes, les rencontres se trouvent disséminées dans les œuvres classiques  d’une infinité d’auteurs. Chez tout écrivain pourraient être isolées quelques pages d’un immense Routier quand il ne tient pas de Carnets du grand chemin comme Gracq. En revanche, les récits de voyage stricto sensu, parce qu’ils y sont moins sur leurs gardes, qu’ils y effectuent des galops d’essais, permettent l’approche intime d’auteurs célèbres à d’autres titres.


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Montaigne (Journal de Voyage, noirci sans idée de publication, publié deux siècles plus tard, son original est perdu), organise des bals dans les montagnes d’Italie pour les jeunes paysannes et se prend lui-même à danser. Erasme (Colloques) se dit sous le charme d’une auberge lyonnaise : « Les chambres n’étaient qu’entrées de jeunes filles rieuses à l’humeur badine et folâtre » (en latin toutefois). Racine (Voyage à Uzès, pour y disputer un héritage) craint de ne plus être intelligible à son retour (« quel plaisir auriez-vous quand je serai devenu le plus grand paysan du monde ? ») mais écrit à La Fontaine qu’en Provence « toutes les femmes sont éclatantes ». On surprend Stendhal, appliqué à fuir « le laid de la vie », à laisser passer au travers de ce qui le charme ou lui déplaît une multitude d’indications sur lui-même et son caractère de quinquagénaire avancé. On voit Hugo faire provision de petits personnages du peuple, un cocher, un cireur de bottes, un vieux fagotier, une petite fille en guenilles « qui porte sur son chapeau un panache de liserons et de coquelicots ». On regarde Maupassant, à bord de son yacht le Bel-Ami (un cotre de onze mètres) ou de son ballon libre, le Horla, décrire les maigres moribonds de la Côte d’Azur et faire naître les contes d’un port à l’autre. On suit Nerval qui s’en allait vers les forêts natales, vers Chantilly, sur les bords de la Thève et de la Nonette, des carnets plein les poches, errant consolé par des routes « prolongées comme le diable ». Mais surtout Flaubert, pour qui le voyage est un « travail littéraire » à plein temps – un temps maîtrisé (« Que je crève comme un chien plutôt que de hâter d’une seconde ma phrase qui n’est pas mûre »). Flaubert aux Pyrénées, en Languedoc, en Corse et Par les champs et les grèves en Touraine et Bretagne. Il a vingt-six ans, il « oublie toujours qu’il n’a pas de lecteur », il se demande « s’il est possible qu’il y ait des êtres sur la terre s’occupant à autre chose qu’à aligner des phrases et à chercher des adjectifs ».


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Et il marche, il marche, avec Maxime du Camp, il aime les pierres et les falaises semblables aux grands chefs d’œuvre. On aime chez lui ce dont il ne s’aperçoit pas : un fantasme de la lourde chevelure (Stendhal ne parle que de regards). Dans les varechs, dans le tabac à priser, derrière les volets, partout ces masses de cheveux (« ses cheveux noirs semés de poudre d’or comme une nuit d’été toute couverte d’étoiles », note pour Salammbô qu’il n’a pas retenue). Voyager avec de tels livres offre en plaisir supplémentaire celui des croisements. Passant par les mêmes endroits, des auteurs qualifient les mêmes choses, s’intéressent parfois aux mêmes personnes, à des années de distance. De là quelques curiosités. La belle hôtesse de Carnac, aux « fines mains qu’on achèterait cher » que décrit Flaubert est retrouvée par Taine, bien plus tard, qui vante ses « délicates attaches ». Mais celle dont il parle, renseignement pris aujourd’hui, est la fille de la première. Carnac produit sur Hugo un « effet immense » tandis que Michelet le trouve « peu imposant ». Désirez-vous connaître l’effet produit par une écluse ouverte en présence d’un écrivain ? « Comme le bruit d’un homme qui pisse dans un pot de chambre » (Flaubert). « Un bruit de cascade qui me rappelle la continuelle harmonie des Alpes » (George Sand). « Une remarquable leçon de la fatalité avec laquelle on peut envisage l’univers » (Stevenson). On n’assemble pas des solitaires.

Et tient-il encore la route ce plaisir d’accumuler des petites choses, ces bouts de ficelles, ces élastiques qui sont des riens et qui séduisent ? Une Hollandaise se précipitant pour boire dans le creux de ses mains une gorgée de Méditerranée. La Fontaine, ce grand étourdi, s’attablant à Cléry dans une autre auberge que celle où il était descendu (« il s’en fallut de peu que je n’y commandasse à dîner »). Cette fillette portant dans ses bras un garçon lequel serre contre lui la poupée qu’elle ne peut plus tenir, que vit Hugo. L’entrée habituelle des villages, « toujours ornée de son poste de gendarmerie comme d’une préface de mélodrame », attendue par George Sand. Si les récits de voyage ont créé la littérature (Walter Benjamin), ils ne la font plus. Chateaubriand s’en doutait déjà, embarqué sur le Rhône, il nous donne à lire des extraits d’un de ses articles en cours sur la législation primitive et rien des couleurs de la navigation. Flaubert en arrive à dire à Taine que pour réussir un livre de voyage, « il aurait fallu s’abstenir de dire ce que vous avez vu ». Un Suisse exilé en France, Béat de Muralt (1665-1749) avait peut-être découvert l’utilité permanente de tels ouvrages pour la littérature dans sa Lettre sur les Voiages : « Je croirais n’avoir pas voyagé tout à fait inutilement… si je pouvais empêcher quelqu’un de perdre son temps à voyager » et de le passer à lire puisqu’en bout du chemin c’est le lecteur qui voyage.

Pendant des Journées du Livre d’autrefois, chaque acheteur recevait en cadeau un volume intitulé A travers la France. Le préfacier, remerciant pour leur contribution les « meilleurs écrivains » de l’époque, soutenait que dans cette nation la littérature naissait du sol comme les rivières et les arbres et qu’il était impossible d’y célébrer le livre sans célébrer la France. Il exista même un épais Guide littéraire de la France (1963) comme un autre sur l’Egypte, la Chine du Sud-ouest ou les Îles grecques dans la collection des Guides Bleus, qui n’eut jamais de seconde édition (malgré un projet de 1997) et ne se trouve plus que chez des bouquinistes des quais ou du net. Mais il est toujours recommandé par les voyagistes anglais (« Proust lived here, Villon was probably executed here, Molière’s first play was performed here, Diderot died here, etc. »). Des cartes y dessinaient un légendaire Pays des Lettres. On n’y franchissait plus que l’octroi des styles, tout le pays était aux mains des écrivains. On y apprenait que le pays niçois avait été annexé par Théodore de Banville et la Lorraine par Erckmann-Chatrian. Longtemps après les jeunes anglais qui entamaient à Calais leur Grand Tour de dix-huit mois, Théodor Zeldin constatait que le paquet plus ou moins bien ficelé de la France est retenu encore par le nœud de la langue ». (L’Europe du Grand Tour occupait la moitié des titres récoltés par Boucher de la Richarderie. Quand il publia sa Bibliothèque Universelle des Voyages, 10.000 Anglais (et Anglaises) passaient en France chaque année puis 100.000 en 1830).


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Le Voyage sentimental de Sterne avait à la fois lancé le mot et les Anglais vers la France et l'Italie. Il avait aussi institué les fins confuses. Son voyage ne se termine pas (il fait tout à fait noir) : "Si bien que, lorsque j'étendis la main, je saisis la femme de chambre par...". On ne voyage bien que si le but n’est pas de voyager et de regarder le paysage. Dans un voyage sentimental on préférait d’ailleurs voyager de nuit comme on se passa vite, au cinéma, du documentaire en première partie. Quelle fin trouver à ce Tour de France parallèle qui ne soit pas les Champs Elysées? « Je voudrais, madame, nouer une intrigue avec vous !…Devant partir pour Varsovie dans un mois, je vous offre une place dans ma dormeuse » (Casanova, qui voyageait, mangeait, dormait ou partageait sa couche dans sa dormeuse)? Stevenson, quand il se réveille et se croit nulle part, laisse une pièce de monnaie sur la mousse où il a passé la nuit ? J'en déciderai peut-être un de ces quatre matins.

Alain Garric 

jeudi 23 juillet 2009

Tour de France sentimental (II)


Deuxième étape : Annecy - Les Cévennes



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Depuis la première, Brignoles, berceau de François Raynouard, découvreur des troubadours et des cours d’amour, chaque étape du Tour cycliste l’est aussi pour le Tour sentimental. Annecy, aujourd’hui : Rousseau y fait la rencontre qui change sa vie. Il est venu à pied, depuis la Suisse, talonné par la faim. Il a seize ans, il a marché trois jours, ses bas sont crottés. Il aperçoit enfin Mme de Warrens : « Je m’étais figuré une vieille dévote très rechignée… » – tout élève de lycée connaît la suite : « Je vois un visage pétri de grâce, de beaux yeux pleins de douceur, un teint éblouissant, le contour d’une gorge enchanteresse ». Reprenons la route.

A peine est-il à Montpellier, que Taine (Hippolyte), le sage positiviste des Origines de la France contemporaine, perd son esprit chagrin à la vue d’ « un visage rieur sous des cheveux noirs » (Voyage aux Pyrénées) : « nulle part la vraie Française hardie, à caquet bon bec, mais pimpante, à jolie tournure, à démarche alerte et rythmée, n’apparaît mieux qu’ici ». A Toulouse, cet écrivain autour duquel s’est tissé l’hexagone idéologique (disait Pierre Nora), poursuit sa sociologie des femmes remarquables sur la place du Capitole. « L’une d’elles est vraiment très jolie…On se croit au premier instant devant une réelle beauté profonde ». Dommage, trop légère et superficielle : elle parle ! Puissance du verbe, usage immodéré de la parole : les Français, et les Françaises, sont les plus grands parleurs de l’univers (Paul Gerbod, Voyages au pays des mangeurs de grenouille. La France vue par les Britanniques : la pressante courtoisie masculine y répond trop souvent aux échos des avances féminines, mal redoutable qui détruit les familles. Inconstance ! Frivolité ! Mais la France demeure « the finest touring country in the world »). Les Anglais ? Jules Janin : « Ce qui fatigue dans toutes ces montagnes, c’est une race à part de voyageurs anglais, qui sont bien les plus tristes hommes de ce monde, les plus ennuyeux et les plus ennuyés ». Anglophobie contre gallophobie.


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Quand Lacarrière dit : « Je me sens sur la peau de la France comme une puce sur le corps d’une femme ». Quand François George insiste : « Vagabonder en France est comme un inceste légitime ». Quand Rimbaud rêve « Heureux comme avec… », n’y mêlons pas Rimbaud. Quand Michelet fait de la France « une personne qui vit et se meut », alors le fantasme païen modèle la Camargue en sexe salé, la Gironde en bouche entr’ouverte, la Bourgogne en joue rubiconde et Paris en œil de putain, sur le modèle gaulois de la Géante. Tout jeune garçon de ce pays sait ce qu’est une « carte de France » sur un drap de lit ou un pyjama. L’Anglais préfère le thème de l’Absente. Quand Laurence Sterne entreprend son Voyage sentimental, Eliza Draper, qu’il venait de rencontrer, est partie rejoindre son mari dans les Indes (et il imaginera alors que toute jolie femme rencontrée est une veuve). Rien à voir avec Flaubert qui, au départ de son voyage en Corse,  se déniaise à Marseille avec Eulalie Foucaud. Il a vingt ans, elle peut bien aller rejoindre un mari fonctionnaire colonial. Quand Stevenson achète son âne pour traverser les Cévennes, il vient de laisser partir Fanny Osbourne pour l’Amérique, où elle va demander un incertain divorce. Il y a là le cours unique d’un désir très large que chacun suit avec son propre bagage. Je retiens cette notation de Lacarrière, au fond bouleversante : « Pendant des centaines de kilomètres, on est contrait de suivre le fil d’un seul chemin ». C’est aussi une liberté, celle du moulinet que traçait le bâton du caporal Trim, dessin à l’appui, dans Tristram Shandy.

Arabesque que tous les voyageurs littéraires portent en bannière : Sterne reste le grand maître du genre quoiqu’il ait écrit, bizarrement et en raison de cela même, un anti-récit de voyage. L’œuvre et l’itinéraire sont pures digressions. « Je vais rarement à l’endroit pour lequel je me mets en route », annonce-t-il. Après lui, George Sand sera explicite : « Ne lis jamais mes lettres avec l’intention d’y apprendre la moindre chose certaine sur les objets extérieurs ». Et Dickens : « Je ne vais pas vous ennuyer avec ces églises » (en Avignon, article pour  le Daily News). Le plus étonnant d’ailleurs est qu’à ces vadrouilleurs précédant les Cendrars, Larbaud, Morand, il n’arrive pratiquement rien. En dehors des romans, la vie « n’est rien de plus qu’une sieste au bord de la route » note Stevenson dans son carnet. Or, nul n’a pénétré mieux que lui le secret fascinant de tels voyages. En 1878, il s’installe au Monastier, chef-lieu de canton de la Haute-Loire, pour achever ses récits des Mille et une Nuits. A peine a-t-il posé la plume qu’il charge maladroitement le bât de l’ânesse Modestine et tente une avancée dans le pays des camisards. Une nuit, il s’égare et s’abrite dans un bois pour y passer la nuit. Au matin, ce romancier de l’inattendu, du suspens et de l’angoisse, découvre qu’il a réalisé son rêve : « J’avais cherché une aventure durant ma vie entière, une simple aventure sans passion, telle qu’il en arrive tous les jours et à d’héroïques voyageurs » : il s’éveille dans le bonheur extraordinaire d’être perdu à cent mètres d’un paisible village du Gévaudan.

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L’année d’avant, il avait descendu en canoë les rivières du Nord de la France. Au fil de l’Oise, il s’était laissé aller, là aussi, à la torpeur. « Une province de mon être propre s’était établie à son compte ». Des pensées lui vinrent, qui « étaient évidemment les pensées de quelqu’un d’autre et je les regardais comme faisant partie du panorama… cette disposition d’esprit fut, somme toute, le plus haut fait de notre excursion. C’est le point extrême du voyage réalisé ». Mais n’a-t-il pas tort de situer ce point « loin des sentiers battus du langage » au moment où il en découvre la vraie magie ? Julien Gracq, en promenade dans le vallon de l’Evre, opposait le voyage « sans idée de retour » à l’excursion de quelques heures « sans aventure et sans imprévu », par laquelle « plus que par le baiser des planètes, cher à Goethe, il y a lieu de croire que la ligne de notre vie est confusément éclairée ». Tous les journaux de voyage sont les journaux d’une seule pensée, légère, tremblotante mais sûre, comme l’aiguille d’une boussole.


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S’il suffit de ne pas aller loin, autant y aller à pied. « Jamais je n’ai tant pensé, tant existé, tant vécu que dans [les voyages] que j’ai faits seul et à pied » : revoilà Jean-Jacques (il regrettait de n’en avoir pas tenu les journaux). Au plaisir de la marche, Hugo se perce les souliers. Son éditeur suisse pourrait-il rendre aisément disponible le Petit traité de la marche à pied de Gustave Roud, une nouvelle fois épuisé (merci cher M. Dimitrijevic) ? En vérité, Lacarrière va jusqu’à déplorer la trop grand vitesse de cette locomotion, comme si à chaque instant on pouvait manquer cet « accès » qu’André Hardellet sut trouver (La promenade imaginaire).

Qui sut aller le plus loin au plus près fut Louis-Balthazar Néel dans son Voyage de Paris à Saint-Cloud par la mer (première de nombreuses éditions en 1748). Henriette, la sœur d’un de ses amis, très engageante, d’un ton gracieux et tendre, avait fait promettre à ce Parisien de la rejoindre de l’autre côté de la Seine pour la Saint-Jean. « J’avais besoin d’un aussi puissant motif pour vaincre ma répugnance à jamais m’exposer en route ». Il se confesse, fait son testament et s’embarque avec des vêtements pour les quatre saisons puis consigne chaque circonstance de son voyage périlleux par Chaillot, Auteuil et Passy. Cette parodie eut du succès puisqu’elle eut son pastiche, un Retour de Saint-Cloud par la terre, qui ne vaut pas l’aller. Ce qui est la loi des voyages. Allons, reste une dernière étape.

Alain Garric

mardi 21 juillet 2009

Tour de France sentimental


Première étape : de Martinville au Mont Ventoux


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Aux limites départementales, les petites routes changent parfois de couleur. Plus roses, plus grises, ou bien d’un grain nouveau, elles semblent tenir d’autres propos. Elles se relancent sur cette ponctuation et dévoilent ce « quelque chose d’analogue à une jolie phrase » qui était apparu à Proust sur le chemin de Martinville. Passer d’Orne en Mayenne ou de Drôme en Isère peu sembler de rien : du rose et du gris. Mais en forçant sur l’encre, on obtient peut-être Le Rouge et le Noir.

Dole, Pontarlier, Strasbourg, à l’étape du soir Stendhal passait à la plume ce qu’il avait noté au crayon dans le cahot des pataches. L’arrivée à Granville, dans les Mémoires d’un touriste, se retrouve inchangée au début de Lamiel. Sans doute a-t-il rédigé ses journaux de route par souci commercial (« il n’y a presque pas de Voyages  en France, c’est ce qui m’encourage à faire celui-ci »). Sans doute est-il coupable d’avoir introduit, par anglicisme, le touriste dans nos pays. Et craignit-il de « passer pour un écrivain payé » à dire, quelquefois, son enchantement de parcourir cette France, ce grand ronchon toujours à la recherche d’eau chaude pour son thé, et cependant à l’affût des pas furtifs du bonheur. Il n’empêche qu’à risquer son confort dans les auberges et son honneur aux tables d’hôtes, Stendhal attelle l’écriture aux chevaux de poste. L’angoisse d’auteur déverrouille la porte, pousse à vérifier la réalité du monde, cette comète de tous les soirs, et incite à ne « pas rompre avec la convenance de jours qui soient vraiment des jours, et qui se suivent vraiment », selon Blanchot. Dans un pays où la Loire a inventé la prose, et les Alpes le romantisme, on ne saurait dénier au voyage l’office d’œuvre littéraire, réduite serait-elle à l’envoi négligé d’une carte postale.


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« Bonjour ma Didine, bonjour ma Poupée. Je t’écris de Rennes. Il est cinq heures du matin. C’est jeudi, jour de congé. Voilà deux nuits que je roule, secoué comme une bouteille qu’on rince. Aujourd’hui je verrai la mer. » Et ça porte la signature de Hugo. Juché sur les impériales, coincé dans les rotondes, vautré dans les coucous, il jubile, il flatte et il râle. Dans son incognito il ne passe pas inaperçu. De sa main, sur le mur de l’auberge de Bray : « Au diable ! auberge immorale ! Hôtel de la punaise ». Et à Laon : « Hôtelier chez qui se fricasse/L’ordure avec la saleté… » Ou, narquois : « Il y a des chasses peintes sur les murs. J’ai remarqué que cela est de mauvais augure. Cela veut dire qu’on n’aura pas d’autre gibier qu’en peinture ». Encore : « Comme Pontorson touche à la mer, on n’a pas de poisson ». Il s’étouffe de ne pas trouver d’huître à Ostende (c’est une des curiosités tenaces du déplacement qui fait que l’on ne trouve pas de fromagerie à Pont-l’Evêque ni, d’après le témoignage de Louis Moutinot (Le Voyageur Sentimental), une bouteille de chiroubles à acheter à Chiroubles.

S’il ya là une sorte de modestie, les stands de vente au bord des nationales la déflorent sauvagement. Tenus par de jeunes filles locales, choisies dans le huis clos de comités élus, ils redoublent dans l’abondance le charme d’une faute par omission. L’équivalent drolatique de ce tout ou rien se retrouve dans l’indécision généralisée concernant l’orthographe du Syndicat d’initiative(s), adepte folâtre du singulier comme du pluriel, voire du mariage des deux puisqu’on ne sait jamais. Voilà, en tout cas, le type même de notations auxquelles il faut s’attendre de la part du voyageur littéraire. C’est lui qui va remarquer la fréquence des coquilles Saint-Jacques dans les menus des restaurants situés sur les anciens chemins de Compostelle. Ou bien le jeu de mots inclus dans le service de ces myriades d’hôtelleries du Lion d’Or (« au lit on dort »). Tout ce qui se passe entre soi et les mots car le « vrai voyage » sera le livre à venir (Lacarrière). « Nous évitons généralement ce qu’on a soin de nous indiquer comme curieux. L’intéressant m’ennuie et le curieux m’embête » (Flaubert). « Ce n’est pas en savants que nous parcourons la France » (Nodier). « Je suis rarement préoccupé des monuments et des objets d’art » (Nerval). « Un voyage n’est pour moi qu’un cours de psychologie et de physiologie dont je suis le sujet, soumis à toutes les épreuves et toutes les expériences qui me tentent, condamné à subir toute l’adulation et toute la pitié que chacun de nous est forcé de se prodiguer alternativement à soi-même, s’il veut obéir naïvement à la disposition du moment, à l’enthousiasme ou au dégoût de la vie, au caprice du califourchon, à l’influence du sommeil, à la qualité du café dans les auberges » (George Sand).


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Comment s’étonner que pour ces forcenés de l’impression personnelle à la recherche de pensées nouvelles, désireux « au fond, d’être nu, réduit à ce présent intense et misérable » (Lacarrière), que ces infatigables poursuiteurs de l’imagination des routes, jouissent de la halte du soir pour épancher l’exécration de la banalité, de la médiocrité et de l’indélicatesse du monde, diaboliquement réunies à l’enseigne des auberges. Déjà un contemporain de Montaigne faisait dériver le mot hôte de hostis (ennemi), « vu que tout hôtelier est l’ennemi-né de celui qu’il héberge, de celui qu’il fait boire et parce qu’il gâte la meilleure chose que Dieu ait faite » (l’hospitalité, on suppose). Quatre siècles plus tard, Jean Rollin se réveillera encore à Briare « couvert de pustules ». Les reproches de Flaubert ressemblent à un procès de la littérature française – ou des Français . A Piriac (Loire-Atlantique) : « Inconvenable auberge : du veau et des œufs ; le soir à manger du veau et des œufs : toujours le veau ! Toujours le veau ! » Et encore en Bretagne : « Inévitable omelette, veau fatal ! » Que la Mère Poulard, au Mont Saint-Michel, et sa sainte Omelette me pardonnent d’être à la tête de tant de pages de notes sur le sujet, depuis le voyage en Provence et en Languedoc de Chapelle et Bachaumont (1663), celui de Tobias-George Smollet (1766), « plus maltraité que St-Barthélémy à tous les relais », ou d’Arthur Young à l’époque révolutionnaire. Le seul à conserver suffisamment de tête pour ne pas manquer de se « relever dans l’esprit des parisiens », c’est évidemment Dumas. Là où ses confrères en littérature ne trouvent pas la queue d’une crevette, il dîne de côtelettes de pré-salé, de soles en matelote, d’un homard en mayonnaise et de bécassine rôties. Il avale même un « bifteck d’ours » sur les pentes des Alpes, pour alimenter la chronique. A l’opposé Lacarrière avait peut-être tort d’indiquer qu’il traversa la France (Chemin faisant) en mastiquant de la crème de gruyère et en suçant du lait concentré. Nerval suggérait qu’un voyage est un miroir où chacun peut s’étudier (Promenades et Souvenirs).


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Sans remonter aux Commentaires de César, dont Stendhal estime qu’il est le seul livre qu’il faille emporter pour un voyage en France, notre premier texte touristique semble être le Récit sur le Ventoux, sommet lunaire où se jouent les Tours de France et que Pétrarque grimpa le 24 avril 1336. Depuis lors (Laure), aucun écrivain de grand chemin n’a pu s’empêcher de chercher derrière les haies et de l’autre côté des rivières la plus belle femme de l’espace et du temps. La fréquence thématique dépasse la logique des nombres et des lettres. Cette femme est partout. Partout où passe un de ces romanciers, ourdisseurs d’intrigues, surpris dans le laisser-aller de leurs carnets, plus ou moins relus. Sa plus belle, Hugo la rencontre à Jublains (l’ancienne cité des Diablintes). Elle fait visiter les ruines qui mettent en valeur sa jeunesse. « Elle m’a montré beaucoup de choses romaines et beaucoup de sa personne » écrit-il, le mufle, à sa femme (Voyages, France et Belgique). A sa femme aussi La Fontaine signale ses découvertes : «  Je m’en fis nommer quelques unes à mon ordinaire » (Un Voyage en Limousin). Celle que Flaubert met au jour est fille d’un concierge du château de Tarascon. Michelet consigne « l’exubérante beauté des femmes d’Auxerre » (Tableau de la France). En  Corse, Mérimée embrasse une fille « aux lèvres du tonnerre de Dieu ». « Sourcils admirables des femmes d’Angoulême » : ainsi Stendhal débute ses Mémoires, mais c’est à Nantes qu’il aperçoit la tête la plus admirable de sa vie et, de saisissement, en jette son cigare à la Loire. « Je ne sais pas si je suis victime d’une illusion, proteste Nerval, je n’ai pas encore rencontré une fille laide à Senlis ». Arthur Young : les plus belles sont à Bayonne (Voyages en France). Non, à Libourne, rectifie le futur maréchal Brune (Voyage pittoresque et sentimental dans plusieurs provinces occidentales de France). Laccarière finit par trouver sa « soubrette accorte » après deux cent trente-neuf pages de marche à pied. Autre piéton, Louis Moutinot, enfin, se laisse damner par une paire de jambes blondes dans les collines du Beaujolais. Je dis enfin pour en finir. Mais pas tout de suite (à suivre donc).


Alain Garric

Illustrations de Daniei Maja

D'après le Magazine littéraire ( le vrai, celui de Jean-Jacques Brochier, de Jean-Louis Hue, de Nicky Jegher et de Simone Arous).